Comment se porte le eCommerce en Afrique ?

Alors que dans les pays dits développés le commerce en ligne prend peu à peu le pas sur les échanges classiques, l’Afrique est encore à la traîne. Et ce, malgré le gros potentiel qu’il représente en terme de consommateurs potentiels.

Faisons un rapide tour d’horizon du commerce en ligne sur le continent. C’est l’hécatombe. A l’heure actuelle, aucune enseigne 100% africaine de commerce en ligne n’arrive à tenir la tête hors de l’eau. De fait, le eCommerce est un domaine qui demande BEAUCOUP de moyens et autant de temps pour être rentable. Il a fallu une dizaine d’années et des milliards engloutis à Amazone et à AliBaba pour dégager des profits. Pourquoi ?

Eh bien, dans le eCommerce les marges sont très faibles. Il faut vendre de très grosses quantités pour tirer un bénéfice. Les coûts de personnel, de logistique, de communication, d’hébergement de la plateforme, etc., sont élevés. Qu’on choisisse le modèle économique d’Amazone ou celui d’AliBaba, il faut un capital de départ conséquent. D’ailleurs, présentons ces modèles :

Le modèle AMAZONE

Vous désirez vendre sur Amazone ? ok. Inscrivez-vous sur la plateforme, mettez-y toutes les informations sur votre business. Si votre candidature est validée, vous devez alors aller déposer tous les produits à écouler chez eux. Ils vont s’occuper de tout à partir de là. Stockage, livraisons, entretien des produits, etc. Évidemment, leur commission est plus élevée que chez AliBaba.

Le modèle ALIBABA, justement :

Vous vous inscrivez, comme chez Amazone. La grosse différence est que AliBaba ne garde rien. C’est juste un marché où vous venez vendre ce que vous possédez. Ils n’ont pas de hangar ni rien. Tout ce qu’ils font c’est mettre en relation les vendeurs et les acheteurs sur leur plateforme. Leur modèle économique est, entre autres, basé sur le positionnement. Si vous désirez être bien classé sur la plateforme, il faut payer. Comme sur un marché physique, les meilleures places coûtent plus cher.

La nouvelle qui a fait trembler le secteur en Afrique récemment est la faillite de deux grandes plateformes du eCommerce de notre continent, l’ivoirien Yatoo et le marocain AfriMarket. Les deux sites, longtemps cités comme des valeurs sûres du commerce en ligne, ont mis la clef sous la porte en ce mois d’octobre. Tous les deux pointent du doigts les mêmes difficultés : les fonds… toujours les fonds. En plus des défis infrastructurels et logistiques, évidemment.

Pourquoi Jumia semble s’en sortir ?

Déjà, il faut comprendre qui est Jumia. Pour les détails, voir notre article qu’on a consacré à la plateforme :

Pourquoi Jumia n’est pas une success story africaine

Mais pour faire simple, Jumia est une startup créée par la multinationale allemande Rocket Internet. Cette dernière dispose donc d’une quasi infinité de moyens financiers et techniques. Bien le contraire des deux dauphins africains, qui n’ont pas fait le poids en fin de compte. L’un des patrons de Jumia a même déclaré qu’ils suivaient le modèle d’Amazone et qu’ils étaient sur une phase d’investissement. En gros, ils injectent de l’argent, encore et encore, sans attendre de quelconque profit pour l’instant. L’objectif étant à long terme de dominer le marché. Comme Amazone. Sauf que c’est un modèle que seuls des entreprises qui bénéficient d’un très gros budget peuvent suivre, d’une part. D’autre part, le marché africain est très incertain. Du fait de la progression lente d’internet, denrée indispensable pour le eCommerce ; des potentielles instabilités socio-politiques dans les pays ; de la corruption, etc. C’est donc un pari très risqué pour Jumia… enfin, pour Rocket Internet.

D’ailleurs, il commence à se susurrer que Jumia serait sur le point d’être racheté par l’un des deux géants actuels, Amazone ou AliBaba, car Rocket Internet arriverait à bout de souffle. Le “champion” Africain serait en grosse difficultés. En témoignent les récentes fermetures de ses filiales au Cameroun, au Gabon et au Congo. Comme quoi, avoir de gros sous ne fait pas tout.

Et le Gabon dans tout ça ?

Rien de bien particulier. Aucune véritable plateforme ne sort du lot. Quelques sites webs ont émergé ces derniers mois. Le souci est que ces plateforme semblent calquer le modèle de Jumia donc d’Amazone, alors qu’elles ne disposent pas de leurs moyens. Pour le reste, tout ce qui est eCommerce au Gabon, comme dans la plupart des pays d’Afrique, se cantonne à des échanges de particulier à particulier sur les réseaux sociaux. Quelques pages et groupes Facebook plus ou moins connus où chacun vend et achète ce qu’il veut. Les perspectives de développement sont donc difficilement envisageables. Qu’à cela ne tienne, le Gabon est classé 6è au rang des pays africains dans lesquels les populations achètent le plus en ligne, selon le dernier rapport des Nations Unies sur le eCommerce dans le monde. L’étude révèle que 6% de la population a effectué, au moins une fois, un achat en ligne en 2018. C’est relativement faible. N’empêche, ça révèle que les gens sont prêts à dépenser mais tout n’est pas réuni pour les encourager. De nombreux problèmes se posent pour le développement du eCommerce dans le pays… et ailleurs dans le continent :

  1. Le manque d’adressage : seulement 23% des ménages en Afrique reçoivent le courrier à domicile. Donc, sont pourvus d’une adresse localisable. La très grande majorité des ménages sont difficile d’accès et d’identification.
  2. L’accès à une connexion internet moins chère et de qualité : C’est connu, la connexion internet en Afrique est difficile d’accès, quand elle n’est pas cher. Le Gabon est classé parmi les pays africains avec le meilleur taux de pénétration d’internet, cela n’empêche qu’il coûte cher, comparativement aux autres pays. Les gabonais se connectent beaucoup, certes, mais c’est pour peu de temps et avec des forfaits faibles qu’ils consomment avec parcimonie.
  3. La corruption : Rarement citée, mais la corruption est un véritable frein au développement du eCommerce. Notamment au niveau de l’importation des marchandises. Il coûte très cher pour faire entrer des produits au Gabon. Il y a une barbe longue comme l’Amazonie à mouiller avant de pouvoir voir sa marchandise entrer dans le pays.
  4. Les infrastructures : Comment transporter les produits ? Comment les acheminer vers les clients ? Avec quelles routes ? Quelles voies ferrées (si tant est qu’il y en ait) ? Les moyens et systèmes de transports doivent être développés pour voir la circulation des marchandises s’accroitre.
  5. Faible taux de bancarisation : Moins de 10% des africains ont un compte bancaire, contre 30% au Gabon. C’est normal pour le Gabon car certains services ont imposé à leurs usagers de se bancariser (bourses estudiantines, pensions de retraites, salaires de fonctionnaires). Néanmoins, ce chiffre reste faible car il n’y a pas de eCommerce sans digitalisation des fonds.

Bref ! Pour finir, le potentiel en Afrique est gigantesque. Mais les plus gros efforts appartiennent aux politiques si on veut voir le commerce en ligne se développer et quitter le rang des cancres. Le développement des infrastructures numériques, cadastraux et de transports sont des conditions sine qua none à l’explosion du eCommerce et, partant, de l’économie du Continent.

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About Stevy Opong

Addict aux startups, copywriting et au marketing. Mais au-dessus de tout : Breaking Bad est la meilleure série du monde.

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5 Comments on “Comment se porte le eCommerce en Afrique ?”

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